SI vous lisez ces lignes, vous avez peut-être flashé le QR code d’une borne sur le site du Bois du Thouraud.
Vous voici donc sur les premières pages d’un espace dédié aux victimes du 7 septembre 1943. Elles ont vocation à être complétées au fil du temps.
C’est à l’initiative de professeurs du collège Marouzeau de Guéret et notamment de Mme Laëtitia Chaury, professeure d’histoire, que cette initiative soutenue par le Conseil départemental de la Creuse et l’association pour la mémoire des victimes du bois du Thouraud (AMVBT) a vu le jour.
Une des rares photos de « La Tribu des Ecureuils ». Les jeunes résistants du Bois du Thouraud. »
Un important lieu de mémoire
Le site du Bois du Thouraud a été le théâtre d’un épisode sanglant de la seconde guerre mondiale. Le 7 septembre 1943, les troupes nazies y massacrent sept jeunes maquisards. Les autres membres du groupe et deux paysans qui les ravitaillent sont déportés. C’est la première fois que l’armée allemande attaque ainsi un maquis. De surcroit, la « Tribu des Ecureuils » nom que se donne le groupe a été trahie. Si diverses hypothèses sont encore soulevées à ce sujet, c’est bien le rôle de deux miliciens, se faisant passer pour des réfractaires au service du travail obligatoire (STO) qui est retenu comme déterminant dans cette trahison. La brutalité de la répression provoque un profond émoi dans la population. Malgré les interdictions une foule nombreuse assite aux obsèques des maquisards.
Chaque année, la mémoire des jeunes résistants est célébrée au monument du Bois du Thouraud, en présence d’un public toujours très nombreux.
De nombreux thèmes peuvent être évoqués lors de la visite du site : le STO, la constitution des premiers maquis, la milice, la notion d’occupation, la résistance à l’oppression.
Des visages pour témoigner
Le monument du bois du Thoureau a cette singularité de proposer la rencontre avec ceux qui, le 7 septembre 1943 furent massacrés ou déportés. Face aux visiteurs, la photo des résistants. On cherche dans leur regard un dialogue, un apaisement. Face aux visiteurs, les visages des disparus.
Quelques détails, sur les portraits, relient les résistants à leur vie quotidienne et montrent pour toujours leur humanité, celle de jeunes gens qui ont bouleversé le cours de leur existence pour refuser le Service du Travail Obligatoire, s’engager dans la résistance, poursuivre et renforcer des engagements déjà puissants.
C’est l’une des raisons pour lesquelles les Creusois ont toujours été fidèles au rendez-vous du 7 septembre. Ceux qui ont subi la brutalité nazie en 1943 étaient de jeunes gens, souvent bien connus dans la région. La férocité de la répression a stupéfait la population.
Le témoignage des survivants est édifiant. Leurs camarades ont été tués. Certains, blessés, ont été achevés. Les autres ont été arrêtés. Il y eut des brutalités, il y eut des tortures, il y eut la déportation. Pour eux dans les camps, la faim, les souffrances, la maladie, les tentatives d’asservissement. Pour humilier toujours. C’est ce que raconte le monument aux passants. Dans le contraste entre la paix des bois alentours et ce que dit l’histoire, il y a toujours la présence de l’abîme entre ce qu’ils ont eu à subir et ce qu’ils étaient, une jeunesse emplie d’espoir et d’avenir.
Inscrire la mémoire dans une démarche actuelle
Les membres de l’association pour la mémoire des victimes du bois du Thoureau ont voulu inscrire le souvenir dans une démarche actuelle, non exclusivement tournée vers le passé, s’adressant autant aux générations nées dans l’immédiat après-guerre qu’aux enfants du XXIème siècle.
Il fallait donc organiser la rencontre entre commémoration traditionnelle et un travail de transmission porté par de multiples supports pour l’ensemble des publics. C’est donc tout naturellement que l’association s’est tournée vers les établissements scolaires, vers les responsables du service national universel ou encore vers la mission locale. Tous ont répondu présent. Ce sont plusieurs centaines de jeunes qui se sont succédé sur le site durant l’année 2022 et jusqu’en septembre 2023. Durant leur visite, il leur a été présenté systématiquement le contexte de la guerre, celui de la collaboration et par rapport aux engagés dans le maquis, la démarche entre engagement personnel, engagement politique et refus du service du travail obligatoire.
La sape. Source Wikipédia.
« Je m’appelle John-Allan Colomb », « Je m’appelle Marcel Guisard » …
La lecture, à la première personne, des biographies des maquisards par les jeunes visiteurs a toujours été un temps fort lors de ces visites. Beaucoup ont fait part, non seulement de leur émotion mais aussi de l’importance qu’avait revêtu cette visite par rapport à leur réflexion personnelle.
Les élèves de 3eme du collège Marouzeau, guidés par leurs enseignants, ont rédigé des biographies des jeunes maquisards du Bois du Thouraud. Elles figurent ci-dessous (pages en construction. L’ensemble des biographies sera rassemblé ici, avec la photo des résistants).
Merci à Zacharia, Nino, Imanol, Baptiste, merci à Enzo, Perrine, Raphaël et Quentin pour leur travail.
Emile Aureix
Je m’appelle Emile Aureix. Je suis né le 2 octobre 1919 à Sainte-Feyre, en Creuse. Je suis agriculteur à Voust (Sainte-Feyre).
J’intègre les chantiers de jeunesse pendant 8 mois durant lesquels les valeurs prônées par Vichy me sont martelées.
Le tribunal de Guéret m’a condamné à une amende avec un de mes camarades car nous avons refusé de participer à une minute de silence demandée à la mémoire d’un commandant français. Ce général, Charles Huntziger, mort accidentellement était un adversaire des dissidents gaullistes.
Le 15 novembre 1941, nous avons même échangé des coups avec le « chef de baillage » des Compagnons de France, organisation de jeunesses pétainistes.
Vers la fin de l’année 1941, j’entre en résistance.
Eugène France, militant communiste et responsable politique des FTP creusois qui habite dans ma commune, m’a alors dirigé vers le maquis du Bois du Thouraud.
En septembre 1943, les nazis massacrent sept de mes compagnons et je suis déporté avec six autres camarades. J’avais 23 ans.
J’arrive au camp de Neuengamme (au sud-est de Hambourg), le 18 juillet 1944. Je travaille jusqu’ à épuisement. Les prisonniers de ce camp vont intégrer notamment des chantiers d’extraction d’argile ou d’élargissement d’un bras de l’Elbe. Les journées sont longues et éprouvantes. Tous les jours des déportés tombent. Nous sommes en sursis.
Je décède le 8 avril 1945 à Sandbostel (Allemagne), un camp de prisonniers de guerre. J’avais 25 ans….
Henri Pollet
Je suis Henri POLLET, né le 22 mars 1920 à Ussy dans le Calvados. Je suis appelé, le 8 juin 1940, sur la base aérienne de Chartres comme mécanicien avion.
Après la débâcle, avec mon unité, nous sommes repliés à Pau.
En août 1940, j’intègre un camp de jeunesse des Basses-Pyrénées. Je subis la propagande du Maréchal qui diffuse les principes de la Révolution Nationale.
En 1943, je deviens agent technique aux Ponts et Chaussées à Caen.
Cette même année, je suis réquisitionné par le Service de Travail Obligatoire (STO) créé le 4 septembre 1942 par le gouvernement de Vichy. Je décide donc de quitter le Calvados, ma région natale, pour me soustraire à cette obligation.
J’intègre alors la « Tribu des écureuils », maquis creusois entre Sardent et Maisonnisses dont mon cousin est le responsable. Ce maquis a multiplié des actes de résistance, comme le sabotage d’une batteuse.
Je suis présent le 7 septembre 1943 lorsque les nazis ont encerclé le maquis. Sept de mes camarades sont tombés sous les balles nazies.
Prisonnier, je suis déporté au camp Neuengamme, le 4 juin 1944. Le camp a été créé en décembre 1938, en Allemagne près de Hambourg. Comme moi, des dizaines de milliers de prisonniers de toute l’Europe occupée sont internés et travaillent dans des projets de construction ou dans des usines d’armement pour l’économie de guerre. Les conditions de vie sont inhumaines et très meurtrières.
En août 1944, je suis transféré au camp de Bergen-Belsen. Créé en 1940, il a pu contenir entre 15 000 et 60 000 détenus ; des Juifs, des Tsiganes, des prisonniers politiques, des résistants à l’occupant comme moi.
Devant l’avancée des Alliés, nous sommes contraints à évacuer le camp.
Après avoir résisté si longtemps à la terreur, aux humiliations, aux privations et au typhus, je décède, dans cet enfer, le 7 avril 1945, quelques jours avant l’arrivée des Britanniques.
J’avais 35 ans.
Marcel Guisard
Je suis Marcel GUISARD, alias Baloche, né le 25 décembre 1921 à Guéret.
Je suis affecté sur un site de l’organisation Todt. Créée en 1938, c’est une organisation du génie civil au service du IIIème Reich dans l’ensemble des territoires occupés. Avant la guerre, elle participe à de nombreux travaux d’infrastructure et d’équipement comme les autoroutes. Avec la guerre, elle a un but essentiellement militaire et est à l’origine de la construction du Mur de l’Atlantique.
En juillet 1943, lors d’une permission, je décide de cesser cette participation à la collaboration industrielle et militaire avec l’occupant nazi.
Je contacte une agence gaulliste qui me conseille de rejoindre le maquis de la Souterraine. Avec cinq parisiens, nous arrivons le 5 août à la gare de Guéret.
Georges LEVÊQUE, mon dentiste, m’oriente finalement vers la commune de Sardent qui abrite un maquis surnommé la « Tribu des écureuils ».
Le 7 septembre 1943, lors du massacre, je suis l’un des seuls survivants.
Emprisonné à Compiègne, je prends le train pour Auschwitz, le 27 avril 1944. Après trois jours d’un trajet très éprouvant, j’arrive à destination.
C’est le plus grand complexe concentrationnaire du IIIème Reich et le seul camp double : camp de travail forcé et centre de mise à mort.
Je subis la terrible épreuve de la sélection. Après être tondu et désinfecté, me voilà réduit au numéro de matricule 185717 que l’on tatoue sur mon avant-bras.
En mai 1944, je suis dirigé avec d’autres détenus, vers le camp de Buchenwald. Créé en juillet 1937, il est initialement destiné à enfermer les opposants du Reich notamment après les « Nuits de Cristal ».
Je suis libéré par l’armée russe.
Une fois la guerre terminé j’ai décidé de témoigner sur ce que j’ai vécu dans le maquis du bois du Thouraud et dans les différents camps.
Gabriel Brunet
Je suis Gabriel BRUNET, alias Gaby, né le 15 mars 1920 à la Chapelle Taillefert (Creuse).
En 1940, je suis appelé au 133 RI (régiment d’infanterie) à Guéret alors que je travaille depuis 1938 à la préfecture de la Creuse. J’intègre ensuite le camp de jeunesse de Tronçais (Allier). Depuis juillet 1940, chaque citoyen français âgé de 20 ans résidant en zone non occupée a l’obligation d’effectuer un stage de huit mois dans un chantier de jeunesse.
Mes journées sont rythmées par des travaux en plein air, des activités de groupe. Tous les chantiers sont situés dans des zones rurales, forestières, loin de l’influence des villes. Si les chantiers s’inspirent d’organisations éducatives, c’est surtout une entreprise d’encadrement idéologique. Nous devons rendre un culte au Maréchal, participer au relèvement moral du pays et on nous transmet des valeurs d’exclusion des Juifs et des communistes notamment !
Je suis enfin libéré le 31 janvier 1941 et je retrouve mon poste à la préfecture.
En août 1941, la légion française m’accuse de faire de la propagande communiste dans la région de Sardent. Depuis, je suis surveillé de près par le chef départemental de la légion.
Le 29 août, une fête en l’honneur du 1er anniversaire de la Légion Française des Combattants est organisée. Cette organisation a été mise en place par le gouvernement de Vichy, un an plus tôt. Elle est issue de la fusion de l’ensemble des associations d’anciens combattants mais tous ne la rejoignent pas. Cet événement est placé sous le signe de la flamme sacrée portée par des coureurs.
Opposant actif à l’État français et jeune homme de conviction, je cherche à saboter cette manifestation en essayant de débaucher certains coureurs. Je suis certainement influencée par ma mère qui est proche du Front Populaire. Depuis 1936, je suis d’ailleurs un membre actif des Jeunesses Socialistes et je ne comprends pas la non-intervention française dans le conflit espagnol.
Mon entourage est politisé : je côtoie des filles dont les parents partagent les idées communistes.
En mars 1942, je suis comptable à l’usine Dunlop de Montluçon. Durant cette époque, je vis toujours chez ma mère qui tient l’épicerie à Sardent.
Pour échapper au STO, je rentre dans la clandestinité. Je ne peux envisager de participer activement à la collaboration entamée depuis octobre 1940 entre Pétain et l’Allemagne nazie.
Je suis l’un des deux premiers membres de la « Tribu des écureuils » qui est le nom de notre maquis.
Je suis abattu sommairement, le 7 septembre 1943.
J’avais 23 ans.